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Tag Nacht

SAJ Collection

Kaï Chun Chang, Günther Förg

Simon Pasieka, Ryan McGinley

Lou Ros, Wolfgang Tillmans

02.07 - 25.07.2026

Une collection se construit rarement selon des catégories disciplinaires ou générationnelles. De la même manière que le commissaire pense une exposition, ou que le peintre termine un tableau : elle procède par résonance, rapprochements intuitifs, réminiscences visuelles, sentiment d’équilibre. Dans la SAJ Collection, une photographie peut appeler une peinture, une œuvre historique éclairer une pratique émergente, et une même question traverser plusieurs décennies d’histoire de l’art. In fine, pour nous rappeler qu’au fond, nous, spectateurs, sommes là à regarder et discuter dans le seul but de nous émouvoir, ou d’interroger, notre histoire humaine. L’exposition proposée au public s’apparente ainsi plus à la lecture d’un livre à arborescence, qu’à celle d’un roman de poche. Plus à l’émergence des liens constitués par l’engagement de l’écosystème qui a permis à ce projet de voir le jour. Ces associations ne visent pas à établir des filiations mais à rendre perceptibles les échos qui traversent la collection : la lumière, non comme sujet mais comme matière, le paysage comme support de l’abstraction, les circulations permanentes entre photographie et peinture (est-ce d’ailleurs bien différent ?). Le sujet n’est alors ni la peinture de Lou Ros ou celle de Simon Pasieka, ni le travail photographique de Wolfgang Tillmans ou celui de Ryan Mc Ginley, ni la touche du pinceau de Gunther Förg, ni encore celle de Kai-Chun Chang, pris isolément, mais l’espace relationnel qui s’invente entre eux. À travers ces trois dialogues, la SAJ Collection affirme une manière singulière de collectionner : non pas en séparant les médiums, les générations ou les courants esthétiques, mais en laissant apparaître les correspondances qui relient les œuvres entre elles. Photographie et peinture, abstraction et figuration, mémoire et perception s’y croisent continuellement. L’exposition devient ainsi moins la présentation d’un ensemble d’objets qu’une mise en forme temporaire des relations qui les unissent et désunissent. Le public, s’il attend habituellement d’être guidé, sera peut-être curieux de voir ici qu’elle propose une lecture parmi tant d’autres possibles, son esprit puisse être ainsi libre d’emprunter d’autres paraboles et les commissaires d’accepter les filiations d’autres contemporains. N’est-ce pas ce que l’on attend d’une œuvre d’art, d’ailleurs ? Qu’elle fasse bouger en nous, à la fois ce que nous pouvons partager en commun, une expérience esthétique et critique, et ce qu’il y a de plus personnel : un sentiment, une sensation, une émotion ?

C’est ainsi, par cet horizon flou, ce goût pour l’intermédiaire, que ce qui apparaît derrière la peinture diluée, comme matière et comme courant, ou celui des pixels, paraît être du paysage. Mais à quel moment commence-t-il ? Est-ce une forme ? Une habitude culturelle ? Une projection mentale ? Un horizon suffit-il à faire paysage ? Une variation de lumière ? Un champ de couleur ? Ou bien est-ce le regard lui-même qui, face à une image, invente le paysage là où il n’existait pas encore ? Si tant est que la notion même de paysage existe en dehors de l’histoire de l’art, c’est bien ce que semble interroger ce corpus d’œuvres : le paysage comme construction sociale, comme projection, comme support de nos récits et de nos perceptions. Si l’exposition adopte une scénographie plutôt habituelle puisqu’il s’agit de présenter dans chaque salle un artiste de la galerie en vis-à-vis avec un artiste plus reconnu, il importe de souligner qu’elle a été pensée de manière plus organique et dynamique. Ce texte ainsi, déroge à cette logique du miroir et a vocation de protocole destiné au public : faites un premier tour, puis revenez. Tout de suite ou le lendemain, faites ce deuxième tour en vous cachant un œil. Puis revenez et faites une nouvelle visite comme si c’était la première. Vous y verrez là, caché dans l’épaisseur de l’huile le scintillement d’une couleur, vous retrouverez dans une photographie quelque chose qui semblait appartenir à une peinture, vous sentirez que l’œuvre regardée quelques minutes plus tôt n’est déjà plus tout à fait la même, et qu’il faut du temps et de la répétition pour comprendre ce qu’on ne peut pas dire avec ces mots, les œuvres auront peut-être changé, sur les murs ou simplement dans votre regard. Ces paysages existent dans la durée autant que dans l’image elle-même ; ils se construisent dans cet espace mouvant où le regard rencontre sa propre mémoire. C’est peut-être là que réside l’une des propriétés les plus singulières d’une œuvre : pouvoir porter simultanément le discours de l’artiste et celui du regardeur. Car avant les catégories, avant les médiums, avant même les images, il y a peut-être d’abord une attention portée au monde. Et avant le cadre, il y a toujours un regard.

Dimitri Mallet

Sans Titre (Vert-bleu), 41x33cm, huile sur toile, 2026.jpg

© Photo : Allison Borgo

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