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Kick-off

22.10 __ 12.11.2022

La galerie superzoom est heureuse de présenter l’exposition de fin de résidence des artistes Alexandre Bavard et Arthur Cohen, en collaboration avec la galerie Romero Paprocki. Cette exposition rassemble les prémices de la performance Ghillies, pensée et initiée en Ardèche lors de la résidence superzoom, et de nouvelles œuvres crées en écho à celle-ci. Tout commence derrière la bâtisse en pierre, près d’une rivière en contrebas où la nature a depuis longtemps oublié l’existence de l’homme. Pourtant, ils sont quelques-uns à habiter cette terre, des hommes et des femmes masqué.e.s ou couronné.e.s, au regard voilé. Ils.elles se rassemblent pour récolter, à l’aide de vieux jerricans, l’eau abondante de la source. Cette tribu à la dérive continue sa route à travers la forêt, pour regagner l’intérieur de la maison, se dévêtir et commencer un rituel de filtration et de purification de l’eau, à l’aide d’un ensemble de tissus de cotons. L’eau coule et recoule à travers les mailles de ces étoffes, au gré des mouvements des personnages qui se déploient dans la cave, et qui font corps, tous ensemble, autour de la précieuse denrée. L’eau est ensuite distribuée au spectateur, dans un geste répétitif de prosternation et de don. Alexandre Bavard et Arthur Cohen se sont inspirés des lieux autour de la résidence superzoom en Ardèche pour écrire cette fiction posthumaniste, toile de fond de la performance Ghillies. Ils ont réuni chacun leurs pratiques respectives et leurs inspirations pour construire à quatre mains les costumes, les personnages, et le scénario de cette histoire où se mêlent survivalisme et anthropocène. Les photographies à l’entrée de la galerie présentent les différents personnages qui composent le récit, dont les rôles, les caractères et les faciès ont finement été écrits par les artistes. Les costumes de ces chasseurs-cueilleurs cristallisent les intérêts d’Arthur et Alexandre pour le vêtement et ce qu’il véhicule : un détonateur de mouvements, un accompagnateur d’attitudes et de postures, une œuvre d’art en soi. Ils ont pour cela rassemblé vieux vêtements, sacs de châtaignes ou bien surplus militaires pour créer des costumes organiques où le corps est à la fois contraint, caché, protégé et sublimé. Certains rappellent la combinaison ghillie – du nom de petits êtres mythologiques écossais –, un vêtement militaire camouflé, destiné à se fondre dans le paysage. Dans cette quête écologique, le vêtement est récupéré, upcyclé. Il est également au croisement des gestes de chacun des deux artistes : spontané pour l’un, délicat et minutieux pour l’autre. La technique du tissage développée par Arthur rencontre l’écriture du mouvement d’Alexandre.

De cette hybridité est née Ghillies et de cette collaboration découle un ensemble d’œuvres réalisées en écho à celles-ci. Exposées dans la deuxième salle de la galerie, « ces nouvelles pièces sont tirées de cette même énergie », précise Arthur, qui, autodidacte, s’est formé au tissage tout naturellement. « J’ai progressivement réalisé le rapport qui connecte le textile avec mon histoire, mon identité. Notamment, le nom que je porte est défini par un rôle précis dans la religion juive. Pendant l’exode, les Cohanim Gadol étaient des prêtres du Temple, et jouaient un rôle central dans la préservation de celui-ci, dans la pratique des cultes, des sacrifices ou des bénédictions. Ces prêtres portaient à l’époque des costumes de lin et de coton, avec des ornementations de pierres et des couronnes ». Dans le travail d’Arthur, il est en effet question d’activer le corps et le mouvement à travers le tissu, sa trame, sa souplesse ou les couleurs de ses fibres, points de départ dans la construction de ses pièces. Le rythme et le rapport synesthétique aux choses guide son geste. La chorégraphie se déploie sur le métier à tisser rudimentaire. La ligne qui se termine guide instinctivement la suivante. Arthur mêle ici des pièces de tapisserie de lin, de coton et d’aluminium, de cuivre ou de laiton avec des apprentis – sorte d’exercice quotidien de tissage – et des sublimations, tirages de ses tapisseries sur un non-tissé, engendrant la rencontre fortuite entre technique traditionnelle et produit manufacturé. Arthur cherche à retranscrire la vibration du tissu, et anticipe le mouvement qu’il va produire au contact du corps. Le vêtement et le tapis faisait déjà partie intégrante du travail de performance d’Alexandre. Mais c’est au contact d’Arthur qu’il s’est initié à la tapisserie, en intégrant d’anciennes techniques qu’il avait développées auparavant. Il projette ainsi de la javel sur une toile où sont appliqués des éléments trouvés çà et là dans les environs de la résidence ou dans les recoins de l’atelier, découpe celle-ci en filaments pour ensuite les tisser les unes avec les autres. Il réintervient une dernière fois en peignant par-dessus à la javel. Alexandre expérimente sans cesse avec tout sorte de matériau qu’il a sous la main, réutilise ses motifs issus de son amour pour le tag, et puise dans le vocabulaire formel qu’il a élaboré depuis une dizaine d’années. « Je procède par cycles, en regénérant une partie de mon travail, pour créer ma propre cosmogonie » confie-t-il. Alexandre et Arthur projettent ainsi sur le tissu des univers où l’histoire et la tradition rencontre la culture populaire et où le corps fusionné à la tapisserie devient sculpture vivante. L’un des quatre Ghillies au centre de la galerie en est le meilleur exemple. Joséphine Dupuy Chavanat

Marie Maertens

MARIO PICARDO _ KICK-OFF _ ROMERO PAPROCKI

© Allison Borgo

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MARIO PICARDO _ KICK-OFF _ ROMERO PAPROCKI

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